La régularité et la convivialité des repas empêchent, selon le Crédoc, l'explosion de l'obésité en France.
(Un article de l'Express du 20/09/2010)
L'amour de la bonne chère nous protège de l'obésité. Trois repas par jour, variés, pris à heures régulières et partagés souvent en famille: ce modèle alimentaire, typiquement français "contribue à limiter le risque d'obésité" indique le Crédoc ce lundi. Ce modèle s'oppose notamment à celui en cours aux Etats-Unis, note le centre de recherches pour l'étude et l'observation des conditions de vie. Un pays où la proportion d'obèses est de 26,9% contre 14,5% en France.
L'institut estime que "donner davantage d'importance au modèle alimentaire et à la tradition culinaire serait un moyen de se préserver de l'obésité". Une des caractéristiques du modèle alimentaire français: "la concentration des apports énergétiques lors des repas" (90,2%), rappelle le Crédoc, qui souligne que son anti-modèle est l'américain, où 21,6% des calories sont absorbées hors repas.
La convivialité à la française
En France, les prises alimentaires se concentrent sur trois principaux repas qui comportent plusieurs plats, et sont pris à des heures relativement communes à tous. Le temps du repas apparaît comme "nécessaire à la vie en société", alors qu'aux Etats-Unis, "se nourrir est considéré comme un acte technique".
Ce sens donné à l'acte alimentaire pourrait expliquer en partie que la part des personnes obèses est plus faible en France. Bien que d'autres facteurs (génétique, activité physique...) entrent en ligne de compte, estime le Crédoc.
Autre caractéristique du modèle français: la convivialité. C'est "le principal sens que les Français donnent aux repas". Une caractéristique qui favorise la régularité des prises alimentaires, dans des horaires resserrés, et "réduit le risque de comportement compulsif". 15% des repas sont festifs, note enfin l'institut de recherche.
Ce modèle alimentaire français est stable, avance le Crédoc. Même si l'étude montre que les plus jeunes sont davantage tournés vers des produits transformés et préparés, alors que les plus âgés consomment plus de produits bruts.
Qu'est-ce qu'on mange demain ?
Atelier de Design Fiction n°2 sept.2010 > jan. 2011
10 avril 2011
« Plutôt que décroissance, il faut penser bien-être et démocratie »
Rapports Nord/Sud, modèles de production, Grenelle : l'agronome Marc Dufumier revient sur les défis du monde paysan.(Interview parue sur Rue89 le 31/07/2010)
Marc Dufumier n'a jamais la langue dans sa poche. Ni pour ses étudiants d'AgroParisTech, où il occupe la chaire d'agriculture comparée et de développement agricole, ni pour les politiques qu'il a abordé au moment du Grenelle de l'environnement.
Agronome bio, passé par le privé avant d'enseigner, il milite pour un « virage à 90 degrés » du monde agricole, tout en se méfiant de la décroissance. Entretien.
Nord et Sud
Pourquoi les agriculteurs du Nord ne parviennent-ils pas à nourrir l'humanité aujourd'hui, compte tenu des progrès effectués depuis cinquante ans ?
La réponse est facile : la faim naît de la pauvreté des gens du Sud.
Les agriculteurs du Nord sont, c'est vrai, excédentaires pour les produits de première nécessité (céréales, légumes secs, viande…). Ils pourraient donc nourrir le monde entier : il faut 200 kilos d'équivalent céréales par an pour nourrir un habitant, et la production mondiale totale est déjà de 330 kilos par habitant.
Mais voilà, les gens sont pauvres, dans les pays du Sud, mais aussi en France, aux Etats-Unis, en Argentine ou au Brésil. Les 130 kilos d'excédents vont ailleurs, vers des marchés solvables, comme les usines d'aliments pour bétail. Et depuis peu, une part de cette énergie alimentaire va aussi abreuver nos voitures sous la forme de bio-carburants.
C'est donc un déséquilibre chronique…
Oui, mais il concerne le système économique mondial, et pas seulement l'agriculture.
Les pays du Sud sont dans une compétition totalement inégale, une course entre un coureur à pied et un pilote de Formule 1 et où celui qui est subventionné, c'est le pilote !
Prenons un paysan de Casamance (Sénégal), qui repique du riz à la main :
Il cultive 0,5 hectare, avec un rendement de 1,1 tonne à l'hectare
Il produit 550 kilos de riz par an, quantité utilisée en partie pour les semences
La valeur ajoutée de son travail est donc de 0,5 tonne de riz par actif et par an
Un agriculteur de Camargue qui plante du riz avec son tracteur :
Il cultive 100 hectares, avec un rendement de 5 tonnes à l'hectare
Il produit 500 tonnes de riz par an, 400 servent à pauer les semences, le prix du diesel, des engrais…
La valeur ajoutée de son travail est donc de 100 tonnes de riz par actif et par an
Vous avez donc un rapport de 1 à 200 entre ces deux agriculteurs.
A Dakar, le paysan va essayer de vendre sur le marché le peu de riz qui lui reste pour acheter des produits de première nécessité.
Sur ce marché, son riz est en concurrence avec les autres riz (chinois, thaïlandais, vietnamien…) qui, tous, se vendent au même prix. Or, dans le sac de riz de Casamance, il y a 200 fois plus de travail que dans celui de Camargue. Donc, le paysan sénégalais ne pourra produire assez pour acheter ce dont il a besoin.
Pire : ceux qui s'endettent, à défaut de pouvoir épargner, sont obligés, au moindre accident climatique, de vendre leur terre et de s'exiler en ville.
C'est la raison pour laquelle l'Afrique achète une part croissante de son riz en Chine ?
L'Afrique achète surtout son riz (en fait des brisures de riz) au Vietnam et à la Thaïlande. Le prix de ce riz est indexé sur la productivité d'un travail hautement mécanisé, mais qui aussi nettement sous-payé.
D'ailleurs, depuis que la Chine est entrée à l'OMC, nous observons un mouvement massif d'exode des campagnes vers les villes côtières. Cela tient au fait que l'agriculture chinoise ne parvient pas à être suffisamment rémunérée.
Que pensez-vous de l'argumentaire des multinationales disant : « Les OGM vont pouvoir nourrir les pays du Sud » ?
La pauvreté est à l'origine de la faim. Il faut augmenter les rendements. La bonne question, c'est comment ? Est-ce que cela passe par les OGM ou plus simplement par « l'amélioration variétale » dans les pays pauvres ?
Là où l'on a réalisé la « révolution verte » en s'inspirant des pays du Nord, c'est-à-dire en améliorant les variétés cultivées, il faut aussi des engrais de synthèse et une protection phytosanitaire, avec des coûts monétaires et environnementaux qui explosent.
En gros, on devient plus dépendant de la pétrochimie. Et cela donne les exclus de la révolution verte.
Mais il y a des contre-exemples, non ?
Elle a réussi avec l'irrigation, le drainage et dans des exploitations familiales de taille moyenne. Dans le Penjab, l'île de Java, le delta du fleuve rouge, le Nordeste mexicain, certains coins d'Afrique australe… en fait partout où il n'y avait pas d'aléas climatiques, cela a marché.
Mais elle a eu un coût écologique, en introduisant la pollution, et elle a pesé sur l'équité sociale. Il ne faut pas renoncer à augmenter les rendements, mais autrement.
Changer de modèle
Justement, y-a-t-il d'autres voies connues ?
Oui, mais elles sont peu connues du grand public et souvent méprisées par certains agronomes, généticiens et technocrates.
D'abord, l'énergie alimentaire que nous dépensons, vient du soleil, via le mécanisme de la photo-synthèse, avec l'aide du carbone de l'air. Idéalement, il faudrait faire en sorte que pas un rayon de soleil ne retombe à terre.
Il faut aussi que la plante soit correctement alimentée en eau et pas trop exposée au vent. Il faut donc des haies, des arbres d'ombrage pour créer un micro-climat qui permette de poursuivre le plus longtemps possible la photo-synthèse.
Ensuite, on se nourrit aussi de protéines végétales. Pour cela, il faut de l'azote que l'on trouve dans l'air ou dans les légumineuses (trèfle, luzerne, haricot, arachide, soja, acacia), qui sont capables de fixer ce gaz pour fabriquer des protéines végétales.
Enfin, on a aussi besoin d'éléments minéraux, dans le sol, qui sont moins renouvelables. Certaines plantes sont capables d'aller chercher ces minéraux en profondeur dans le sol, pour les recycler ensuite dans la couche arable en éléments fertilisants. L'acacia, par exemple, permet de créer un micro-climat très fertile.
Il faut travailler en circuit court, sur la gestion des cycles de l'eau, du carbone, de l'azote et des éléments minéraux. Donc, en oubliant la monoculture, la « chimisation », les tracteurs, mais en travaillant sur l'association des variétés pour faire une agrobiologie renouvelable.
La décroissance
Croyez-vous en la décroissance ?
Je suis un militant, mais d'abord un scientifique. Les scientifiques n'ont ni croyance, ni dogme. Donc, je n'y crois pas, parce que je ne crois à rien. Est-ce que j'y adhère ? Au fond, je n'en sais rien.
Le mot « décroissance », comme la croissance, me déplaît. Serge Latouche dit que le meilleur terme aurait dû être l'accroissance, pour sortir de cette dialectique croissance/décroissance. Il nous faut plutôt penser bien-être et démocratie.
Vous pensez que la population serait disposée à consommer moins, du point de vue agricole ?
Oui, mais sous conditions. Est-ce qu'elle l'est maintenant ? La réponse est non. Si ce mouvement est militant, c'est qu'il est conscient que l'immense majorité des gens auraient intérêt à revoir la copie.
Un nombre croissant de gens souffrent de l'obésité, du diabète, du cholestérol, de cancers dont l'origine pourrait être lié aux excès de ce bonheur consommateur. C'est avéré dans le cas du cancer de la prostate à cause du chlordécone utilisé aux Antilles.
Les gens ne sont plus si heureux à surconsommer un certain nombre de produits. Donc, il ne faut pas exclure de sortir de cette addiction, comme pour la cigarette.
Pour l'agriculture, il faut un virage à 90 degrés. Les agriculteurs ne sont pas responsables de cette situation, même si certains ont crû que la vocation de la France était de nourrir la planète.
S'il y a une vocation, c'est de faire de bons produits, bons aussi pour la santé, en revenant aux principes fondamentaux de l'agronomie. Dans les urgences françaises, il faut reconstituer l'humus de nos sols, remettre de l'azote dans la terre par les légumineuses et rediversifier nos agricultures.
Politiques et syndicats
Vous dites que les paysans français ont été trahis par l'industrie, l'Etat et les syndicats…
Quand on discute, les agriculteurs me disent : « On a fait ce qu'on nous demandait, dans un marché où le client est roi. » Je leur réponds : « C'est vrai, mais entre vous et le client, il y a l'agro-industrie et la grande distribution qui formatent le comportement des consommateurs, souvent stupide dans les supermarchés. »
Les agriculteurs ont aussi souffert de l'amont : la recherche et les agronomes technocrates. « Améliorer un rendement », ce n'est pas scientifique, c'est un jugement de valeur. Le meilleur et le bien-être, ce n'est pas à l'agronome de le décider.
Quid des syndicats ?
Le syndicalisme majoritaire…
Vous voulez dire la FNSEA…
Oui… Elle a participé de ça, car certains y ont trouvé leurs intérêts, en faisant des choix de court terme. Regardez les algues vertes en Bretagne. Vous allez chercher de l'azote au Brésil, parce qu'on ne fabrique plus de fumier en Bretagne, cela part dans les cours d'eau pour faire des algues vertes sur les côtes : ça fait désordre, non ?
À qui la faute ? Au colbertisme centralisateur à la française ? Aux responsables politiques ?
Si ce n'était que le colbertisme à la française, ce ne serait pas grave. A Bruxelles, les lobbies sont très organisés et très puissants face aux responsables politiques. Ces multinationales de la chimie ont un poids exagéré dans les décisions, en exerçant un chantage à l'emploi très efficace auprès des politiques.
Les politiques ont-ils conscience de ce que vous expliquez là ?
Je côtoie des politiques de tous les bords et j'observe quand on argumente, qu'ils n'ont pas d'incompréhension. Personne ne me dit : « Vous avez tort. » Tous répondent : « Il faut être pragmatique, tenir compte de l'opinion publique telle qu'elle est aujourd'hui. » Tous m'invitent à ne pas être radical dans les propositions.
Je réponds qu'on n'échappera pas à une révision complète de la copie et que pour réussir ce virage, il nous faut l'adhésion de l'immense majorité des agriculteurs, des consommateurs et des citoyens soucieux de l'environnement. Il faut juste bien définir le cap et les progressions.
C'est peut-être une question de moyens…
On ne manque pas d'argent ! Tous les ans, il y a plus de dix milliards d'euros de subventions pour nos agriculteurs, soit l'équivalent du plan de sauvetage pour Haïti pour les cinq ans à venir. Si cet argent servait à financer des bonus à produire plus de légumineuses dans nos assolements, le bio pour les collectivités locales, les cantines des entreprises… pour rémunérer correctement les paysans.
Je suis aussi favorable aux malus, en taxant très fortement tout ce qui est très consommateur d'énergie fossile. Evidemment, pour les plus pauvres, il faut que cette taxe carbone serve de compensation financière, il faut donc en priver les 15% les plus riches au bénéfice des autres 85%.
C'est une sorte de bouclier fiscal à l'envers ?
Exactement. Il faut un courage politique fort, contre tous les lobbies. L'échec de la taxe carbone, c'est d'abord la responsabilité des politiques de tout bord.
La classe politique actuelle manque de courage ?
Si la classe politique manque de courage, c'est parce qu'elle est à l'écoute de l'opinion, parfois versatile et manipulable. Comme les médias. Le fétichisme de la marchandisation et l'ignorance de cette inégalité de 1 à 200 que j'évoquais tout à l'heure, c'est cette idéologie qui est l'origine de l'aveuglement des opinions.
Le Grenelle de l'environnement
Vous avez participé au Grenelle de l'environnement, dans le groupe qui planchait sur l'agriculture. Les promesses faites alors ont-elles été tenues ?
Globalement, la loi Grenelle 1 est passée à la quasi-unanimité. La loi Grenelle 2 était au rabais par rapport aux conclusions de l'accord. Et puis le plus important, ce sont les décrets et les arrêtés d'application. Et là, plus le temps passe, plus l'enthousiasme retombe…
Il y a eu des redditions : sur l'autoroute dans le Béarn, sur le réseau ferré qui se détériore. Les vraies décisions courageuses n'ont pas été prises, come la taxe carbone ou encore les droits de douane sur l'importation de soja brésilien.
Vous vous sentez dupé ?
Je ne regrette rien, pour deux raisons : ce fut un excellent moment dans le débat d'idées, dont certaines ont avancé dans l'opinion publique, les ONG, le personnel politique. Un moment intense et utile.
Aujourd'hui, je peux m'adresser aux politiques en leur disant : j'y ai participé, mais je n'aime pas du tout les retards de la mise en oeuvre de cet accord et je n'en comprends pas les raisons. Et si ça continue, je dirais que cela s'appelle une « trahison », que je n'avais pas besoin d'être humilié par un « show ».
L'écologie sera un thème central du débat d'idées en 2012 ?
Oui, ça l'est déjà. Un certain nombre de gens aimeraient bien que l'on étouffe ces affaires. Il y aura d'autres moments que 2012, c'est un combat à très long terme, car c'est un combat d'idées.
Marc Dufumier n'a jamais la langue dans sa poche. Ni pour ses étudiants d'AgroParisTech, où il occupe la chaire d'agriculture comparée et de développement agricole, ni pour les politiques qu'il a abordé au moment du Grenelle de l'environnement.
Agronome bio, passé par le privé avant d'enseigner, il milite pour un « virage à 90 degrés » du monde agricole, tout en se méfiant de la décroissance. Entretien.
Nord et Sud
Pourquoi les agriculteurs du Nord ne parviennent-ils pas à nourrir l'humanité aujourd'hui, compte tenu des progrès effectués depuis cinquante ans ?
La réponse est facile : la faim naît de la pauvreté des gens du Sud.
Les agriculteurs du Nord sont, c'est vrai, excédentaires pour les produits de première nécessité (céréales, légumes secs, viande…). Ils pourraient donc nourrir le monde entier : il faut 200 kilos d'équivalent céréales par an pour nourrir un habitant, et la production mondiale totale est déjà de 330 kilos par habitant.
Mais voilà, les gens sont pauvres, dans les pays du Sud, mais aussi en France, aux Etats-Unis, en Argentine ou au Brésil. Les 130 kilos d'excédents vont ailleurs, vers des marchés solvables, comme les usines d'aliments pour bétail. Et depuis peu, une part de cette énergie alimentaire va aussi abreuver nos voitures sous la forme de bio-carburants.
C'est donc un déséquilibre chronique…
Oui, mais il concerne le système économique mondial, et pas seulement l'agriculture.
Les pays du Sud sont dans une compétition totalement inégale, une course entre un coureur à pied et un pilote de Formule 1 et où celui qui est subventionné, c'est le pilote !
Prenons un paysan de Casamance (Sénégal), qui repique du riz à la main :
Il cultive 0,5 hectare, avec un rendement de 1,1 tonne à l'hectare
Il produit 550 kilos de riz par an, quantité utilisée en partie pour les semences
La valeur ajoutée de son travail est donc de 0,5 tonne de riz par actif et par an
Un agriculteur de Camargue qui plante du riz avec son tracteur :
Il cultive 100 hectares, avec un rendement de 5 tonnes à l'hectare
Il produit 500 tonnes de riz par an, 400 servent à pauer les semences, le prix du diesel, des engrais…
La valeur ajoutée de son travail est donc de 100 tonnes de riz par actif et par an
Vous avez donc un rapport de 1 à 200 entre ces deux agriculteurs.
A Dakar, le paysan va essayer de vendre sur le marché le peu de riz qui lui reste pour acheter des produits de première nécessité.
Sur ce marché, son riz est en concurrence avec les autres riz (chinois, thaïlandais, vietnamien…) qui, tous, se vendent au même prix. Or, dans le sac de riz de Casamance, il y a 200 fois plus de travail que dans celui de Camargue. Donc, le paysan sénégalais ne pourra produire assez pour acheter ce dont il a besoin.
Pire : ceux qui s'endettent, à défaut de pouvoir épargner, sont obligés, au moindre accident climatique, de vendre leur terre et de s'exiler en ville.
C'est la raison pour laquelle l'Afrique achète une part croissante de son riz en Chine ?
L'Afrique achète surtout son riz (en fait des brisures de riz) au Vietnam et à la Thaïlande. Le prix de ce riz est indexé sur la productivité d'un travail hautement mécanisé, mais qui aussi nettement sous-payé.
D'ailleurs, depuis que la Chine est entrée à l'OMC, nous observons un mouvement massif d'exode des campagnes vers les villes côtières. Cela tient au fait que l'agriculture chinoise ne parvient pas à être suffisamment rémunérée.
Que pensez-vous de l'argumentaire des multinationales disant : « Les OGM vont pouvoir nourrir les pays du Sud » ?
La pauvreté est à l'origine de la faim. Il faut augmenter les rendements. La bonne question, c'est comment ? Est-ce que cela passe par les OGM ou plus simplement par « l'amélioration variétale » dans les pays pauvres ?
Là où l'on a réalisé la « révolution verte » en s'inspirant des pays du Nord, c'est-à-dire en améliorant les variétés cultivées, il faut aussi des engrais de synthèse et une protection phytosanitaire, avec des coûts monétaires et environnementaux qui explosent.
En gros, on devient plus dépendant de la pétrochimie. Et cela donne les exclus de la révolution verte.
Mais il y a des contre-exemples, non ?
Elle a réussi avec l'irrigation, le drainage et dans des exploitations familiales de taille moyenne. Dans le Penjab, l'île de Java, le delta du fleuve rouge, le Nordeste mexicain, certains coins d'Afrique australe… en fait partout où il n'y avait pas d'aléas climatiques, cela a marché.
Mais elle a eu un coût écologique, en introduisant la pollution, et elle a pesé sur l'équité sociale. Il ne faut pas renoncer à augmenter les rendements, mais autrement.
Changer de modèle
Justement, y-a-t-il d'autres voies connues ?
Oui, mais elles sont peu connues du grand public et souvent méprisées par certains agronomes, généticiens et technocrates.
D'abord, l'énergie alimentaire que nous dépensons, vient du soleil, via le mécanisme de la photo-synthèse, avec l'aide du carbone de l'air. Idéalement, il faudrait faire en sorte que pas un rayon de soleil ne retombe à terre.
Il faut aussi que la plante soit correctement alimentée en eau et pas trop exposée au vent. Il faut donc des haies, des arbres d'ombrage pour créer un micro-climat qui permette de poursuivre le plus longtemps possible la photo-synthèse.
Ensuite, on se nourrit aussi de protéines végétales. Pour cela, il faut de l'azote que l'on trouve dans l'air ou dans les légumineuses (trèfle, luzerne, haricot, arachide, soja, acacia), qui sont capables de fixer ce gaz pour fabriquer des protéines végétales.
Enfin, on a aussi besoin d'éléments minéraux, dans le sol, qui sont moins renouvelables. Certaines plantes sont capables d'aller chercher ces minéraux en profondeur dans le sol, pour les recycler ensuite dans la couche arable en éléments fertilisants. L'acacia, par exemple, permet de créer un micro-climat très fertile.
Il faut travailler en circuit court, sur la gestion des cycles de l'eau, du carbone, de l'azote et des éléments minéraux. Donc, en oubliant la monoculture, la « chimisation », les tracteurs, mais en travaillant sur l'association des variétés pour faire une agrobiologie renouvelable.
La décroissance
Croyez-vous en la décroissance ?
Je suis un militant, mais d'abord un scientifique. Les scientifiques n'ont ni croyance, ni dogme. Donc, je n'y crois pas, parce que je ne crois à rien. Est-ce que j'y adhère ? Au fond, je n'en sais rien.
Le mot « décroissance », comme la croissance, me déplaît. Serge Latouche dit que le meilleur terme aurait dû être l'accroissance, pour sortir de cette dialectique croissance/décroissance. Il nous faut plutôt penser bien-être et démocratie.
Vous pensez que la population serait disposée à consommer moins, du point de vue agricole ?
Oui, mais sous conditions. Est-ce qu'elle l'est maintenant ? La réponse est non. Si ce mouvement est militant, c'est qu'il est conscient que l'immense majorité des gens auraient intérêt à revoir la copie.
Un nombre croissant de gens souffrent de l'obésité, du diabète, du cholestérol, de cancers dont l'origine pourrait être lié aux excès de ce bonheur consommateur. C'est avéré dans le cas du cancer de la prostate à cause du chlordécone utilisé aux Antilles.
Les gens ne sont plus si heureux à surconsommer un certain nombre de produits. Donc, il ne faut pas exclure de sortir de cette addiction, comme pour la cigarette.
Pour l'agriculture, il faut un virage à 90 degrés. Les agriculteurs ne sont pas responsables de cette situation, même si certains ont crû que la vocation de la France était de nourrir la planète.
S'il y a une vocation, c'est de faire de bons produits, bons aussi pour la santé, en revenant aux principes fondamentaux de l'agronomie. Dans les urgences françaises, il faut reconstituer l'humus de nos sols, remettre de l'azote dans la terre par les légumineuses et rediversifier nos agricultures.
Politiques et syndicats
Vous dites que les paysans français ont été trahis par l'industrie, l'Etat et les syndicats…
Quand on discute, les agriculteurs me disent : « On a fait ce qu'on nous demandait, dans un marché où le client est roi. » Je leur réponds : « C'est vrai, mais entre vous et le client, il y a l'agro-industrie et la grande distribution qui formatent le comportement des consommateurs, souvent stupide dans les supermarchés. »
Les agriculteurs ont aussi souffert de l'amont : la recherche et les agronomes technocrates. « Améliorer un rendement », ce n'est pas scientifique, c'est un jugement de valeur. Le meilleur et le bien-être, ce n'est pas à l'agronome de le décider.
Quid des syndicats ?
Le syndicalisme majoritaire…
Vous voulez dire la FNSEA…
Oui… Elle a participé de ça, car certains y ont trouvé leurs intérêts, en faisant des choix de court terme. Regardez les algues vertes en Bretagne. Vous allez chercher de l'azote au Brésil, parce qu'on ne fabrique plus de fumier en Bretagne, cela part dans les cours d'eau pour faire des algues vertes sur les côtes : ça fait désordre, non ?
À qui la faute ? Au colbertisme centralisateur à la française ? Aux responsables politiques ?
Si ce n'était que le colbertisme à la française, ce ne serait pas grave. A Bruxelles, les lobbies sont très organisés et très puissants face aux responsables politiques. Ces multinationales de la chimie ont un poids exagéré dans les décisions, en exerçant un chantage à l'emploi très efficace auprès des politiques.
Les politiques ont-ils conscience de ce que vous expliquez là ?
Je côtoie des politiques de tous les bords et j'observe quand on argumente, qu'ils n'ont pas d'incompréhension. Personne ne me dit : « Vous avez tort. » Tous répondent : « Il faut être pragmatique, tenir compte de l'opinion publique telle qu'elle est aujourd'hui. » Tous m'invitent à ne pas être radical dans les propositions.
Je réponds qu'on n'échappera pas à une révision complète de la copie et que pour réussir ce virage, il nous faut l'adhésion de l'immense majorité des agriculteurs, des consommateurs et des citoyens soucieux de l'environnement. Il faut juste bien définir le cap et les progressions.
C'est peut-être une question de moyens…
On ne manque pas d'argent ! Tous les ans, il y a plus de dix milliards d'euros de subventions pour nos agriculteurs, soit l'équivalent du plan de sauvetage pour Haïti pour les cinq ans à venir. Si cet argent servait à financer des bonus à produire plus de légumineuses dans nos assolements, le bio pour les collectivités locales, les cantines des entreprises… pour rémunérer correctement les paysans.
Je suis aussi favorable aux malus, en taxant très fortement tout ce qui est très consommateur d'énergie fossile. Evidemment, pour les plus pauvres, il faut que cette taxe carbone serve de compensation financière, il faut donc en priver les 15% les plus riches au bénéfice des autres 85%.
C'est une sorte de bouclier fiscal à l'envers ?
Exactement. Il faut un courage politique fort, contre tous les lobbies. L'échec de la taxe carbone, c'est d'abord la responsabilité des politiques de tout bord.
La classe politique actuelle manque de courage ?
Si la classe politique manque de courage, c'est parce qu'elle est à l'écoute de l'opinion, parfois versatile et manipulable. Comme les médias. Le fétichisme de la marchandisation et l'ignorance de cette inégalité de 1 à 200 que j'évoquais tout à l'heure, c'est cette idéologie qui est l'origine de l'aveuglement des opinions.
Le Grenelle de l'environnement
Vous avez participé au Grenelle de l'environnement, dans le groupe qui planchait sur l'agriculture. Les promesses faites alors ont-elles été tenues ?
Globalement, la loi Grenelle 1 est passée à la quasi-unanimité. La loi Grenelle 2 était au rabais par rapport aux conclusions de l'accord. Et puis le plus important, ce sont les décrets et les arrêtés d'application. Et là, plus le temps passe, plus l'enthousiasme retombe…
Il y a eu des redditions : sur l'autoroute dans le Béarn, sur le réseau ferré qui se détériore. Les vraies décisions courageuses n'ont pas été prises, come la taxe carbone ou encore les droits de douane sur l'importation de soja brésilien.
Vous vous sentez dupé ?
Je ne regrette rien, pour deux raisons : ce fut un excellent moment dans le débat d'idées, dont certaines ont avancé dans l'opinion publique, les ONG, le personnel politique. Un moment intense et utile.
Aujourd'hui, je peux m'adresser aux politiques en leur disant : j'y ai participé, mais je n'aime pas du tout les retards de la mise en oeuvre de cet accord et je n'en comprends pas les raisons. Et si ça continue, je dirais que cela s'appelle une « trahison », que je n'avais pas besoin d'être humilié par un « show ».
L'écologie sera un thème central du débat d'idées en 2012 ?
Oui, ça l'est déjà. Un certain nombre de gens aimeraient bien que l'on étouffe ces affaires. Il y aura d'autres moments que 2012, c'est un combat à très long terme, car c'est un combat d'idées.
10 mars 2011
Pour préserver la planète, l'homme devra modifier son alimentation
(Un article du Monde du 12 janvier 2011)
Selon un rapport présenté mercredi 12 janvier par des chercheurs français, les pays riches devront mettre moins de viande dans leur assiette et en finir avec le gâchis pour nourrir neuf milliards d'individus en 2050, tout en préservant les ressources de la planète.
Examinant la question de la subsistance alimentaire des êtres humains à l'horizon 2050, le rapport "Agrimonde", fruit de travaux lancés en 2006, répond par deux scénarios : l'un privilégie le bien-être immédiat et l'autre, le développement durable. Et ce dernier suppose "une vraie rupture", souligne cette étude réalisée par l'Institut national de la recherche agronomique (INRA) et le Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad).
"Evidemment, ce n'est pas parce que je vais moins manger que quelqu'un du Sahel va mieux manger", nuance Sandrine Paillard, responsable de l'unité prospective de l'INRA. "Mais il est clair que si toute la planète mange comme on mange, et notamment autant de viande, la pression sur les ressources naturelles ne sera pas tenable". En moyenne, un individu a à sa disposition 3 000 kilocalories par jour. Mais les disparités sont fortes : on atteint les 4 000 dans les pays riches de l'OCDE, et même 4 500 aux Etats-Unis, contre seulement 2 300 en Afrique sub-saharienne.
DIMINUER LA CONSOMMATION DE VIANDE
Dans le scénario axé sur le développement durable, les chercheurs estiment que les 3 000 kilocalories quotidiennes doivent être réparties de façon plus équitable dans le monde. Un postulat qui permet de "ne pas augmenter la pression sur les ressources naturelles par rapport à aujourd'hui". Pour les pays du Nord, cela impliquerait de réduire la disponibilité en calories de 25 %. "Ce qui est assez énorme", commente Sandrine Paillard.
Les moyens d'y parvenir sont multiples et impliquent toute le chaîne de production et de consommation. D'abord, il s'agit de réduire "les pertes à la consommation" qui peuvent s'élever jusqu'à 30 % dans les pays riches. Dans la ligne de mire : le gaspillage, notamment celui causé par les aliments jetés après la date de consommation optimale, souvent confondue avec la date de péremption. "L'industrie agroalimentaire aussi se protège, les dates de péremption ne reflètent pas forcément la réalité de la sécurité des aliments", avance la chercheuse.
Ce scénario suppose également des politiques de santé publique "plus ambitieuses" pour lutter contre la suralimentation et les maladies associées, écrit le rapport. En 2003, 1,3 milliard d'adultes dans le monde étaient en surpoids, dont 400 millions d'obèses. Il ne s'agit donc pas seulement de moins manger mais de manger différemment, et notamment de limiter la viande : la production de ruminants a augmenté de 40 % entre 1970 et 1995. Le scénario durable suppose que la part des calories végétales représente 2 500 kilocalories sur les 3 000 journaliers.
"Dès que le régime alimentaire est caractérisé par une forte part de calories animales, la pression sur les ressources naturelles est beaucoup plus importante", rappelle Mme Paillard. Pour l'eau par exemple, le rapport souligne que, quand 100 litres d'eau sont nécessaires pour produire un kilo de pommes de terre, la quantité s'élève à 13 000 litres pour un kilo de viande de bœuf.
Une partie des efforts pourrait être faite sans s'en rendre compte. En 2050, les plus de 60 ans représenteront 20 % de la population, contre 10 % aujourd'hui. "Les besoins caloriques de ces personnes étant moindres, le vieillissement de la population mondiale pourrait aussi contribuer à rendre plausible la diminution des consommations alimentaires moyennes dans les pays riches", écrit le rapport.
Télécharger la note de synthèse du rapport Agrimonde ICI
9 mars 2011
Que mange(ra)-t-on en 2050 ?
(Un article du Courrier International du 09 mars 2011)
Neuf milliards de personnes à nourrir en 2050 et des changements climatiques : un véritable défi pour le futur. Un organisme international fait le point sur les choix que l’humanité devra faire d’ici là, relate Público.
Le site de la fondation, Global Crop Diversity Trust
Dans les quarante prochaines années, la Terre va devoir alimenter 9 milliards de personnes. Pour Cary Fowler, directeur du Global Crop Diversity Trust [structure de partenariat entre la FAO et des organismes privés comme les fondations Rockefeller ou Bill Gates, qui a pour objectif le maintien de la diversité biologique des variétés agricoles], il va s’agir d’un grand défi. L’urbanisation ou le manque de terres agricoles ne seront pas les sources du problème.
Les complications viendront des changements climatiques, qui vont exiger l’essor de nouvelles variétés d’aliments capables de résister à la chaleur et à la sécheresse. Selon Fowler, il faut pour cela adapter les cultures agricoles actuelles. Soit on ne change rien ; dans ce cas la production chutera et les prix grimperont. Soit on fait le choix de nourrir autrement les 9 milliards de personnes qui habiteront la planète en 2050.
Cary Fowler - Keeping options open on agriculture from Jonathan Marks on Vimeo.
John Beddington, le principal conseiller scientifique du gouvernement britannique, souligne que “le défi n’est pas seulement d’augmenter la production de façon durable en réduisant les émissions de gaz à effet de serre et en préservant la biodiversité”, mais qu’il faut également “rendre l’alimentation plus réactive face à l’instabilité aussi bien économique que climatique”. Un imposant dossier sur le sujet, publié par la Royal Society, donne une vision plutôt encourageante du futur de l’alimentation. Une perspective que ne partage pas Fowler : “On nous dit qu’il faut produire plus de nourriture, mais il n’y a rien d’automatique en la matière.” Depuis la naissance de Fowler, en 1950, le pourcentage de terres cultivées a progressé de 10 % alors que la population a plus que doublé. Les inégalités en matière de répartition expliquent qu’un septième de l’humanité souffre de la faim et qu’un autre septième a trop de nourriture à sa disposition. “Les terres irriguées ont doublé, la quantité d’eau utilisée a triplé, celle des pesticides a été multipliée par 53”, assène Fowler. Il est impossible de continuer à faire croître les terres cultivées, car l’agriculture intensive n’est pas infinie. “Il faut repenser l’agronomie, les pratiques agricoles et la reproduction des plantes.” L’article de la Royal Society dédié aux changements climatiques défend l’idée qu’il n’y a pas de données suffisantes pour connaître l’impact réel de ceux-ci. Un autre article prétend qu’en 2050 le rendement à l’hectare sera de 50 à 75 % plus important qu’en 2007. Fowler imagine, lui, un scénario beaucoup plus sombre et cite deux exemples parmi beaucoup d’autres : “Si l’on prend le riz, l’augmentation de 1 degré seulement de la température nocturne a diminué sa production de 10 %, et, si l’on se penche sur les pollinisateurs, la chaleur affecte leur comportement et contribue donc à un moindre rendement des plantations.”
Actuellement, l’objectif du Global Crop Diversity Trust et des chercheurs de l’université Stanford (en Californie) est 2030, une année pour laquelle les données sur les effets des changements climatiques ont déjà été établies. “On peut prévoir une baisse de la production du maïs en Afrique australe si l’on a les mêmes cultures qu’aujourd’hui. Dans cette région, le maïs représente 50 % de l’alimentation”, affirme Fowler, qui annonce des crises alimentaires spectaculaires si rien ne change. L’alternative réside dans la recherche de nouvelles variétés de plantes sauvages parentes des cultures produites et vivant naturellement dans des zones extrêmes. “Nous avons besoin de recueillir ces plantes, car nous devons être capables de les utiliser dans le futur pour la reproduction, et cela prend en moyenne dix ans”, calcule-t-il. Il faut ajouter dix ans de plus pour que ces nouvelles variétés soient prêtes à être cultivées. Les nouvelles cultures peuvent se situer n’importe où, à la limite des déserts comme dans les montagnes. “Je pense que, si l’on revient au Portugal dans cent ans, les régimes alimentaires ne seront plus les mêmes”, prédit Fowler. A l’avenir, certaines cultures pourront augmenter leur part dans la production mondiale alors que d’autres diminueront. L’important est de sauvegarder ces trésors naturels jusqu’à ce qu’ils soient nécessaires à l’humanité.
Pour mener une telle tâche, il faudrait que le monde entier fasse un effort, ce qui est loin d’être le cas. “Les leaders de la planète répondent uniquement à des problèmes de court terme. Ils se désintéressent de la question de la fondation biologique de la civilisation qu’est l’agriculture.”
Neuf milliards de personnes à nourrir en 2050 et des changements climatiques : un véritable défi pour le futur. Un organisme international fait le point sur les choix que l’humanité devra faire d’ici là, relate Público.
Le site de la fondation, Global Crop Diversity Trust
Dans les quarante prochaines années, la Terre va devoir alimenter 9 milliards de personnes. Pour Cary Fowler, directeur du Global Crop Diversity Trust [structure de partenariat entre la FAO et des organismes privés comme les fondations Rockefeller ou Bill Gates, qui a pour objectif le maintien de la diversité biologique des variétés agricoles], il va s’agir d’un grand défi. L’urbanisation ou le manque de terres agricoles ne seront pas les sources du problème.
Les complications viendront des changements climatiques, qui vont exiger l’essor de nouvelles variétés d’aliments capables de résister à la chaleur et à la sécheresse. Selon Fowler, il faut pour cela adapter les cultures agricoles actuelles. Soit on ne change rien ; dans ce cas la production chutera et les prix grimperont. Soit on fait le choix de nourrir autrement les 9 milliards de personnes qui habiteront la planète en 2050.
Cary Fowler - Keeping options open on agriculture from Jonathan Marks on Vimeo.
John Beddington, le principal conseiller scientifique du gouvernement britannique, souligne que “le défi n’est pas seulement d’augmenter la production de façon durable en réduisant les émissions de gaz à effet de serre et en préservant la biodiversité”, mais qu’il faut également “rendre l’alimentation plus réactive face à l’instabilité aussi bien économique que climatique”. Un imposant dossier sur le sujet, publié par la Royal Society, donne une vision plutôt encourageante du futur de l’alimentation. Une perspective que ne partage pas Fowler : “On nous dit qu’il faut produire plus de nourriture, mais il n’y a rien d’automatique en la matière.” Depuis la naissance de Fowler, en 1950, le pourcentage de terres cultivées a progressé de 10 % alors que la population a plus que doublé. Les inégalités en matière de répartition expliquent qu’un septième de l’humanité souffre de la faim et qu’un autre septième a trop de nourriture à sa disposition. “Les terres irriguées ont doublé, la quantité d’eau utilisée a triplé, celle des pesticides a été multipliée par 53”, assène Fowler. Il est impossible de continuer à faire croître les terres cultivées, car l’agriculture intensive n’est pas infinie. “Il faut repenser l’agronomie, les pratiques agricoles et la reproduction des plantes.” L’article de la Royal Society dédié aux changements climatiques défend l’idée qu’il n’y a pas de données suffisantes pour connaître l’impact réel de ceux-ci. Un autre article prétend qu’en 2050 le rendement à l’hectare sera de 50 à 75 % plus important qu’en 2007. Fowler imagine, lui, un scénario beaucoup plus sombre et cite deux exemples parmi beaucoup d’autres : “Si l’on prend le riz, l’augmentation de 1 degré seulement de la température nocturne a diminué sa production de 10 %, et, si l’on se penche sur les pollinisateurs, la chaleur affecte leur comportement et contribue donc à un moindre rendement des plantations.”
Actuellement, l’objectif du Global Crop Diversity Trust et des chercheurs de l’université Stanford (en Californie) est 2030, une année pour laquelle les données sur les effets des changements climatiques ont déjà été établies. “On peut prévoir une baisse de la production du maïs en Afrique australe si l’on a les mêmes cultures qu’aujourd’hui. Dans cette région, le maïs représente 50 % de l’alimentation”, affirme Fowler, qui annonce des crises alimentaires spectaculaires si rien ne change. L’alternative réside dans la recherche de nouvelles variétés de plantes sauvages parentes des cultures produites et vivant naturellement dans des zones extrêmes. “Nous avons besoin de recueillir ces plantes, car nous devons être capables de les utiliser dans le futur pour la reproduction, et cela prend en moyenne dix ans”, calcule-t-il. Il faut ajouter dix ans de plus pour que ces nouvelles variétés soient prêtes à être cultivées. Les nouvelles cultures peuvent se situer n’importe où, à la limite des déserts comme dans les montagnes. “Je pense que, si l’on revient au Portugal dans cent ans, les régimes alimentaires ne seront plus les mêmes”, prédit Fowler. A l’avenir, certaines cultures pourront augmenter leur part dans la production mondiale alors que d’autres diminueront. L’important est de sauvegarder ces trésors naturels jusqu’à ce qu’ils soient nécessaires à l’humanité.
Pour mener une telle tâche, il faudrait que le monde entier fasse un effort, ce qui est loin d’être le cas. “Les leaders de la planète répondent uniquement à des problèmes de court terme. Ils se désintéressent de la question de la fondation biologique de la civilisation qu’est l’agriculture.”
5 mars 2011
19 février 2011
3D food printer
(ou plutôt de la confiserie assistée par ordinateur…)
Un article de DesignBoom du 28 dec 2010 à lire ici
10 février 2011
5 janvier 2011
Nina Cammelli, "À la chaine"
Projet réalisé apour le semancier VILMORIN et sélectionné pour l’exposition «Design Food» du
SIAL 2009. Ce projet est un croisement entre les techniques de fabrication de l’industrie
plastique et la pâtisserie traditionnelle française.
Un processus industrialisé, aux finitions irrégulières: les plans de joint restent apparents
Inscription à :
Articles (Atom)






