10 mars 2011

Pour préserver la planète, l'homme devra modifier son alimentation


(Un article du Monde du 12 janvier 2011)

Selon un rapport présenté mercredi 12 janvier par des chercheurs français, les pays riches devront mettre moins de viande dans leur assiette et en finir avec le gâchis pour nourrir neuf milliards d'individus en 2050, tout en préservant les ressources de la planète.

Examinant la question de la subsistance alimentaire des êtres humains à l'horizon 2050, le rapport "Agrimonde", fruit de travaux lancés en 2006, répond par deux scénarios : l'un privilégie le bien-être immédiat et l'autre, le développement durable. Et ce dernier suppose "une vraie rupture", souligne cette étude réalisée par l'Institut national de la recherche agronomique (INRA) et le Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad).

"Evidemment, ce n'est pas parce que je vais moins manger que quelqu'un du Sahel va mieux manger", nuance Sandrine Paillard, responsable de l'unité prospective de l'INRA. "Mais il est clair que si toute la planète mange comme on mange, et notamment autant de viande, la pression sur les ressources naturelles ne sera pas tenable". En moyenne, un individu a à sa disposition 3 000 kilocalories par jour. Mais les disparités sont fortes : on atteint les 4 000 dans les pays riches de l'OCDE, et même 4 500 aux Etats-Unis, contre seulement 2 300 en Afrique sub-saharienne.

DIMINUER LA CONSOMMATION DE VIANDE

Dans le scénario axé sur le développement durable, les chercheurs estiment que les 3 000 kilocalories quotidiennes doivent être réparties de façon plus équitable dans le monde. Un postulat qui permet de "ne pas augmenter la pression sur les ressources naturelles par rapport à aujourd'hui". Pour les pays du Nord, cela impliquerait de réduire la disponibilité en calories de 25 %. "Ce qui est assez énorme", commente Sandrine Paillard.

Les moyens d'y parvenir sont multiples et impliquent toute le chaîne de production et de consommation. D'abord, il s'agit de réduire "les pertes à la consommation" qui peuvent s'élever jusqu'à 30 % dans les pays riches. Dans la ligne de mire : le gaspillage, notamment celui causé par les aliments jetés après la date de consommation optimale, souvent confondue avec la date de péremption. "L'industrie agroalimentaire aussi se protège, les dates de péremption ne reflètent pas forcément la réalité de la sécurité des aliments", avance la chercheuse.

Ce scénario suppose également des politiques de santé publique "plus ambitieuses" pour lutter contre la suralimentation et les maladies associées, écrit le rapport. En 2003, 1,3 milliard d'adultes dans le monde étaient en surpoids, dont 400 millions d'obèses. Il ne s'agit donc pas seulement de moins manger mais de manger différemment, et notamment de limiter la viande : la production de ruminants a augmenté de 40 % entre 1970 et 1995. Le scénario durable suppose que la part des calories végétales représente 2 500 kilocalories sur les 3 000 journaliers.

"Dès que le régime alimentaire est caractérisé par une forte part de calories animales, la pression sur les ressources naturelles est beaucoup plus importante", rappelle Mme Paillard. Pour l'eau par exemple, le rapport souligne que, quand 100 litres d'eau sont nécessaires pour produire un kilo de pommes de terre, la quantité s'élève à 13 000 litres pour un kilo de viande de bœuf.

Une partie des efforts pourrait être faite sans s'en rendre compte. En 2050, les plus de 60 ans représenteront 20 % de la population, contre 10 % aujourd'hui. "Les besoins caloriques de ces personnes étant moindres, le vieillissement de la population mondiale pourrait aussi contribuer à rendre plausible la diminution des consommations alimentaires moyennes dans les pays riches", écrit le rapport.

Télécharger la note de synthèse du rapport Agrimonde ICI

9 mars 2011

Que mange(ra)-t-on en 2050 ?

(Un article du Courrier International du 09 mars 2011)

Neuf milliards de personnes à nourrir en 2050 et des changements climatiques : un véritable défi pour le futur. Un organisme international fait le point sur les choix que l’humanité devra faire d’ici là, relate Público.

Le site de la fondation, Global Crop Diversity Trust

Dans les quarante prochaines années, la Terre va devoir alimenter 9 milliards de personnes. Pour Cary Fowler, directeur du Global Crop Diversity Trust [structure de partenariat entre la FAO et des organismes privés comme les fondations Rockefeller ou Bill Gates, qui a pour objectif le maintien de la diversité biologique des variétés agricoles], il va s’agir d’un grand défi. L’urbanisation ou le manque de terres agricoles ne seront pas les sources du problème.

Les complications viendront des changements climatiques, qui vont exiger l’essor de nouvelles variétés d’aliments capables de résister à la chaleur et à la sécheresse. Selon Fowler, il faut pour cela adapter les cultures agricoles actuelles. Soit on ne change rien ; dans ce cas la production chutera et les prix grimperont. Soit on fait le choix de nourrir autrement les 9 milliards de personnes qui habiteront la planète en 2050.

Cary Fowler - Keeping options open on agriculture from Jonathan Marks on Vimeo.

John Beddington, le principal conseiller scientifique du gouvernement britannique, souligne que “le défi n’est pas seulement d’augmenter la production de façon durable en réduisant les émissions de gaz à effet de serre et en préservant la biodiversité”, mais qu’il faut également “rendre l’alimentation plus réactive face à l’instabilité aussi bien économique que climatique”. Un imposant dossier sur le sujet, publié par la Royal Society, donne une vision plutôt encourageante du futur de l’alimentation. Une perspective que ne partage pas Fowler : “On nous dit qu’il faut produire plus de nourriture, mais il n’y a rien d’automatique en la matière.” Depuis la naissance de Fowler, en 1950, le pourcentage de terres cultivées a progressé de 10 % alors que la population a plus que doublé. Les inégalités en matière de répartition expliquent qu’un septième de l’humanité souffre de la faim et qu’un autre septième a trop de nourriture à sa disposition. “Les terres irriguées ont doublé, la quantité d’eau utilisée a triplé, celle des pesticides a été multipliée par 53”, assène Fowler. Il est impossible de continuer à faire croître les terres cultivées, car l’agriculture intensive n’est pas infinie. “Il faut repenser l’agronomie, les pratiques agricoles et la reproduction des plantes.” L’article de la Royal Society dédié aux changements climatiques défend l’idée qu’il n’y a pas de données suffisantes pour connaître l’impact réel de ceux-ci. Un autre article prétend qu’en 2050 le rendement à l’hectare sera de 50 à 75 % plus important qu’en 2007. Fowler imagine, lui, un scénario beaucoup plus sombre et cite deux exemples parmi beaucoup d’autres : “Si l’on prend le riz, l’augmentation de 1 degré seulement de la température nocturne a diminué sa production de 10 %, et, si l’on se penche sur les pollinisateurs, la chaleur affecte leur comportement et contribue donc à un moindre rendement des plantations.”


Actuellement, l’objectif du Global Crop Diversity Trust et des chercheurs de l’université Stanford (en Californie) est 2030, une année pour laquelle les données sur les effets des changements climatiques ont déjà été établies. “On peut prévoir une baisse de la production du maïs en Afrique australe si l’on a les mêmes cultures qu’aujourd’hui. Dans cette région, le maïs représente 50 % de l’alimentation”, affirme Fowler, qui annonce des crises alimentaires spectaculaires si rien ne change. L’alternative réside dans la recherche de nouvelles variétés de plantes sauvages parentes des cultures produites et vivant naturellement dans des zones extrêmes. “Nous avons besoin de recueillir ces plantes, car nous devons être capables de les utiliser dans le futur pour la reproduction, et cela prend en moyenne dix ans”, calcule-t-il. Il faut ajouter dix ans de plus pour que ces nouvelles variétés soient prêtes à être cultivées. Les nouvelles cultures peuvent se situer n’importe où, à la limite des déserts comme dans les montagnes. “Je pense que, si l’on revient au Portugal dans cent ans, les régimes alimentaires ne seront plus les mêmes”, prédit Fowler. A l’avenir, certaines cultures pourront augmenter leur part dans la production mondiale alors que d’autres diminueront. L’important est de sauvegarder ces trésors naturels jusqu’à ce qu’ils soient nécessaires à l’humanité.


Pour mener une telle tâche, il faudrait que le monde entier fasse un effort, ce qui est loin d’être le cas. “Les leaders de la planète répondent uniquement à des problèmes de court terme. Ils se désintéressent de la question de la fondation biologique de la civilisation qu’est l’agriculture.”

5 mars 2011

Solskin peels


'Solskin peels' by Ori Sonnenschein
Citrus fruit peels as tableware using microwave technology